1. L’HOMME ET LE MONDE

2. LA CONNAISSANCE SCIENTIFIQUE

3. CITATIONS

4. DES PHILOSOPHES

5. L’HISTOIRE DE L’ART?

Quelques œuvres et explications en guise d'introduction à l'histoire de l'art. Pour ceux que cela intéresse la lecture de l'Histoire de l'art de Ernst Gombrich est très chaudement recommandée ! C'est d'ailleurs sur ce livre que je me suis en grande partie appuyé pour faire cette petite introduction. Mentionnons aussi les excellents petits livres de Daniel Arasse, qui nous font découvrir mille petits détails que nous n'aurions jamais soupçonnés dans des tableaux pourtant très connus.
1.4. Langage et communication

THEME 4 : LANGAGE ET COMMUNICATION

Concepts 1 et 2 : Parole et Langage, Langage et Pensée.

1- Définitions du Langage

*Au sens large, le Langage est un système d’expression et de communication qu’il s’agisse de signes vocaux ou graphiques ou encore naturels. C’est en cela qu’on parle de langage SMS, de langage mathématique, poétique, de langage parlé, de langage gestuel, de langage des arts, de langage savant, vulgaire ou diplomatique, de langage du cœur, du corps, des fleurs, du langage des animaux, et autres. Cette disparité des langages montre ce que signifie un « signe conventionnel ».
Il existe presque un langage pour chaque chose, et l’utilisation courante du mot en devient confuse. Une définition sur laquelle s’accordent linguistes et philosophes, est la suivante: «Faculté que les Hommes possèdent d’exprimer leur pensée et de communiquer entre eux au moyen d’un système de signes conventionnels vocaux et/ou graphiques constituant un langage ».

*Au sens strict, Le Langage est une expression spécifiquement humaine, articulée en sons et en mots.

2- Les formes du Langage

Il se manifeste à travers: le cri, la parole (oralité), le mot, l’écriture, la peinture, le dessin, le regard, le geste, les signes, les symboles, les couleurs, la mimique, le Tam-tam, le silence …

3- La linguistique saussurienne

Par son approche nouvelle de la linguistique, Ferdinand de SAUSSURE, fonde sa théorie sur les termes suivants: Signe, signifié, signifiant.

« Le signe linguistique est arbitraire » J. SAUSSURE

« Le langage n’est plus un instrument, n’est plus un moyen, il est une manifestation, une révélation de l’être intérieur et du lien psychique qui nous unit au monde et à nos semblables » Kurt GOLSTEIN

«Ce dont on ne peut parler, il faut le taire. » WITTGENSTEIN

« C’est dans et par le langage que l’Homme se constitue comme sujet » Emile BENVENISTE

4- Les fonctions du langage

4-1 Un instrument de communication

La parole est donc le signe distinctif de l’Homme, animal social. Ainsi la fonction primordiale du langage semble être la communication. Par communication, on entend généralement tout échange de signes conscient ou non d’un individu à un autre, d’un individu à un groupe d’individus ou d’un groupe d’individus à un individu. S’il est vrai que toute société humaine est fondée sur l’échange, l’échange des mots est sans aucun doute premier par rapport à l’échange des biens ou des services.

« Discutons d’abord », tel est le préalable à toute transaction, mais aussi à toute action impliquant plusieurs personnes dans un projet commun. Mais le langage, sans doute, est davantage qu’un instrument de communication; il est, selon MERLEAU-PONTY, la texture même de notre monde, dans la mesure où celui-ci est un monde déjà investi par le Langage, un « monde parlé et parlant »,

4-2- La fonction magique du langage

À côté de son rôle de communication, le Langage a aussi une fonction magique. Le mot, en se détachant de la chose, paraît aisément la dominer, la gouverner. Il dit ce qui n’est pas encore et ressuscite ce qui a disparu. La force créatrice de la poésie tient sans doute à cette magie des mots. Par le simple fait de nommer, je fais être. MALLARME dit: « Une fleur! », et «musicalement se lève, l’idée même et suave, l’absente de tous bouquets », Mais le langage sert également-et peut-être prioritairement-à agir sur autrui. On peut, avec de simples mots, obtenir de l’autre un service, le flatter, lui faire peur, ou encore le blesser. C’est la maîtrise de ce pouvoir qui, dans l’Antiquité, a fait la fortune des sophistes.

« Tout acte de parole met en jeu un message et quatre éléments qui lui sont liés: l’émetteur, le receveur, le thème du message et le code utilisé. » Roman JAKOBSON

« Le but du langage, c’est de fixer ses idées et les communiquer aux autres » John LOCKE

«Dire, c’est faire ». John Langshaw AUSTIN

«Instrument de communication, la Langue est aussi signe extérieur de richesse et un instrument de pouvoir.» Pierre BOURDIEU

« Les langues, en parlant le monde, le réinventent» Claude HAGEGE

5- Le problème du langage animal

*L’Homme : un être qui parle
Pour BERGSON, l’Homme se définit d’abord comme Homo faber, fabricant d’outils et inventeur de techniques.
Mais pour le linguiste Claude HAGEGE, il est plus fondamentalement encore Homo loquens, «Homme de paroles». L’Homme est avant tout un être qui parle. L’Homme, animal rationnel, est en même temps un animal parlant.

*Les abeilles ont-elles un langage?

Tout le monde sait bien cependant que les animaux émettent des signaux par lesquels ils échangent des informations, tout comme les humains. Et ce n’est pas seulement le cas des mammifères, qui expriment leurs besoins et leurs émotions par des cris. L’Autrichien Karl Von FRISCH, a montré dans Vie et mœurs des abeilles qu’une abeille, insecte social par excellence, peut signaler à ses congénères la direction et la distance d’une source de nourriture, en effectuant une sorte de danse avec son corps dont la direction et la vitesse varient. Les autres « comprennent» l’information et se dirigent au bon endroit. Lorsque l’abeille éclaireuse observe une danse qui décrit un demi-cercle, les autres abeilles de la colonie comprennent instinctivement que le butin se trouve dans un rayon de 100 mètres de là où elle est. Lorsque la danse de l’abeille éclaireuse fait une sorte de « 8 », ses congénères comprennent que la nourriture est située dans un rayon allant de 100 mètres à 6 kilomètres d’elle. Mais s’agit-il bien là d’un Langage, à proprement parler?

*Spécificité du langage humain

D’abord, le « message» des abeilles est biologiquement déterminé, inné dans l’espèce, et les informations transmises sont limitées à l’expression de quelques situations bien déterminées. Ensuite, il n’y a pas de dialogue chez les abeilles: à un message, celles-ci répondent par une conduite, jamais par un autre message. Enfin, le message des abeilles ne se laisse pas analyser, tandis que les énoncés du langage humain se laissent décomposer en éléments (unités grammaticales et unités sonores) qui peuvent se combiner d’une infinité de manières. Le linguiste Emile BENVENISTE montre que cette danse ne peut se décomposer en éléments internes. Elle n’appelle pas de réponse ni de dialogue. Il s’agit donc d’un code sophistiqué de signaux physiques, incitant à une action, et non d’un système de signes renvoyant à une «pensée». Seul l’Homme peut à tout moment composer des phrases nouvelles et comprendre «Car ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon mais, le principal est de l’appliquer bien» des discours qu’il n’a jamais entendus auparavant. DESCARTES est le premier à mettre l’accent sur cet aspect inventif de la parole, qui témoigne de la plasticité de la raison humaine- cet «instrument universel qui peut servir en toutes sortes de rencontres»

« Les animaux, à la différence de l’Homme, n’ont qu’un code de signaux, ils ne possèdent pas le Langage ». Emile BENVENISTE

6- Relations entre langage, pensée et Parole

Le Langage est la concrétisation ou la matérialisation de la pensée. Quant à la pensée, c’est l’ensemble des phénomènes produits par l’action de l’esprit. La pensée sans le Langage n’existe pas parce qu’elle n’est pas exprimée. Il y a une concomitance entre Langage et pensée. La Parole, à son tour, désigne un mot, un ensemble de mots servant à exprimer la pensée. Elle est l’utilisation effective de la langue par les sujets parlants, dans les situations de communication. HEGEL critique l’aspiration romantique à toucher la vérité par-delà les mots. Il conclut: « C’est dans les mots que nous pensons. »

*Antériorité théorique de la Pensée sur le langage

La Pensée précède le Langage: j’en fais l’expérience, semble-t-il, quand « je cherche mes mots», quand j’ai une idée que je ne parviens pas à exprimer, que j’habille successivement de termes impropres qui ne me satisfont pas et que je rejette tour à tour. On a ainsi pu dire que si la pensée cherche ses mots, c’est qu’elle les précède.

* La Pensée est inséparable du Langage
Toutefois le Langage enrichit la pensée en retour. Chez l’adulte qui a appris une Langue, la Pensée est inséparable de la Parole. Je pense en Français, même si je ne profère aucun son. Déjà, PLATON définissait la Pensée comme « un discours que l’âme se tient à elle-même », Quand je « cherche mes mots », il me semble que ma pensée précède mon langage. Cependant c’est avec d’autres mots que je cherche mes mots. Pour HEGEL, il n’y a pas de pensée véritable hors du Langage. Par les mots, le sujet pensant donne une forme objective à ses pensées et les rend accessibles à sa propre conscience. Il veut ainsi démystifier l’ineffable, ce «quelque chose» de si riche, de si nuancé et de si subtil qu’aucune parole ne pourrait l’exprimer. HEGEL écrit dans Philosophie de l’Esprit que : « L’ineffable, c’est la pensée obscure, la pensée à l’état de fermentation, et qui ne devient claire que lorsqu’elle trouve le mot ». « Car ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon mais, le principal est de l’appliquer bien ».

«La parole est la pensée extérieure et la pensée la parole intérieure, La parole n’accompagne pas une parole déjà faite mais l’accomplit.» RIVAROL.

«La pensée n’est rien d’intérieur, elle n’existe pas hors du monde et des mots » Maurice MERLEAU-PONTY.

«Les Hommes pensent ce qu’il disent » René DESCARTES

«L’Homme pense sa parole avant de parler sa pensée», De BONALD

« La pensée avant le langage est une nébuleuse ».Henri DELACROIX

« 11 y a donc interdépendance de la langue et de la parole; celle-là est à la fois l’instrument et le produit de celle-ci », SAUSSURE

7- Valeur et limites du Langage

Un personnage de DIDEROT nous rapporte la savoureuse anecdote d’un orang-outang qui ressemblait à s’y méprendre à Saint Jean prêchant en plein désert, au jardin des plantes. Le cardinal de Polignac venant à passer s’écria, paraît- il : « Parle! Et je te baptise! » A cet égard, le langage est un Rubicon qu’aucun animal ne franchira jamais. C’est dire que le langage est un privilège de l’Homme sur les animaux. Il est dans l’essence de l’Homme de parler. Seul, l’Homme est capable d’inventer des signes, de les utiliser intentionnellement et de les comprendre intellectuellement.
Toutefois, comme toute œuvre de l’esprit qui matérialise l’esprit, le Langage est susceptible de trahir ce qu’il est supposé traduire. Le langage est plein de vertus. Il est la clé de voûte qui nous ouvre la porte de tout épanouissement, mais son abus nous est souvent nuisible. Aussi, à en croire BERGSON dans Le Rire: « Nous ne voyons pas les choses mêmes; nous nous bornons, le plus souvent, à lire des étiquettes collées sur elles », En parlant, il urge d’observer une discipline de la parole doublée d’une éthique du Langage. Le verbalisme, la grandiloquence, le pédantisme, le dilettantisme, la phraséologie, le verbiage, le mensonge, le bégaiement sont des limites du langage à éviter.

« Le langage est la condition nécessaire et suffisante pour l’entrée dans la patrie humaine». Georges GUSDORF

« Honneur des Hommes, saint langage». Paul VALERY.

Concept 3